Rien de bien nouveau sous le soleil de Guantanamo

103 des 166 hommes encore prisonniers à Guantanamo... (Photo: AFP)

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103 des 166 hommes encore prisonniers à Guantanamo observent une grève de la faim sans précédent pour protester contre leur détention illimitée.

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Chantal VALERY
Agence France-Presse
Washington

Après la promesse de Barack Obama réitérée une nouvelle fois de fermer Guantanamo, les voix se font dubitatives, parfois sévères, sur sa réelle capacité à mettre fin à cet épisode controversé de l'histoire américaine.

«Rien ne justifie que le Congrès s'oppose à la fermeture d'une prison qui n'aurait jamais dû voir le jour», a affirmé jeudi le président Obama, réaffirmant son intention de fermer à terme la prison, une vieille promesse de campagne jusqu'ici non concrétisée.

Pour la plupart des observateurs, il n'y a rien de bien nouveau pour l'instant sous le soleil de Guantanamo: «les détenus ont déjà entendu cette promesse d'innombrables fois de la part du candidat Obama, puis du nouveau président Obama», en janvier 2009, et aujourd'hui encore du président démocrate réélu en novembre 2012, explique à l'AFP l'avocat Omar Farah, du Centre de défense des droits constitutionnels (CCR).

«Et toujours rien de matérialisé: la grève de la faim ne prendra pas fin tant qu'il n'y aura pas d'action concrète», a dit ce défenseur de plusieurs prisonniers de Guantanamo.

A Cuba, 103 des 166 hommes encore prisonniers à Guantanamo observent une grève de la faim sans précédent pour protester contre leur détention illimitée, souvent sans inculpation ni procès.

«Le président Obama nous a donné l'illusion d'une avancée et, une fois de plus, les gens ont eu l'impression que le problème a été résolu et qu'on peut passer à autre chose, c'est exactement ce qui s'est passé en janvier 2009», commente pour l'AFP David Remes, qui défend quinze détenus yéménites.

«Combien de grèves de la faim? Combien de nouveaux reports? je ne vois pas le moindre progrès tangible», fustige-t-il, «je ne vois pas pourquoi ce serait plus possible aujourd'hui qu'hier».

Lors de son discours, M. Obama a pourtant annoncé qu'il allait lever son moratoire sur le transfèrement vers le Yémen, ouvrant la voie au rapatriement de 56 Yéménites déclarés libérables. Il a également indiqué qu'il allait nommer un nouvel envoyé spécial pour superviser le retour des autres hommes détenus sans raison. Ils sont 86 au total ainsi jugés libérables par l'administration Obama.

Le Congrès met «des bâtons dans les roues»

«J'interprète cela comme un ré-engagement du président (...) mais attendons de voir», estime de son côté Andrea Prasow, experte de Guantanamo à Human Rights Watch (HRW). Mais «même s'il honore ses promesses, cela signifiera le maintien de la détention illimitée sans procès et des tribunaux militaires d'exception, qui sont incroyablement problématiques», ajoute l'avocate, «troublée» que M. Obama s'en remette au Congrès.

Le président démocrate a appelé le Sénat et la chambre des Représentants, à majorité républicaine, à lever les limites qu'ils ont inscrites dans la loi, interdisant de facto tout transfèrement de détenus de Guantanamo sur le sol américain pour y être jugés ou emprisonnés.

«Le président a lui-même signé des restrictions qu'il aurait pu empêcher par veto», rappelle Omar Farah, il a «toute latitude pour les lever et commencer les transfèrements dès aujourd'hui».

«Certains membres du Congrès mettent déjà des bâtons dans les roues», avertit Virginia Sloan, présidente du Constitution Project. Si le président est sincère (...), il doit immédiatement user de l'autorité qu'il détient».

A l'exception de son ancien rival à la présidentielle de 2008, John McCain, la plupart des élus républicains ont redit leur refus de voir fermer la prison ouverte par George W. Bush.

«Gitmo a une fonction importante pour incarcérer les ennemis combattants les plus dangereux», a déclaré le sénateur John Cornyn; «le désir du président de fermer Guantanamo Bay rendra notre pays vulnérable aux terroristes qui seront transférés dans des refuges du terrorisme», a renchéri le représentant Michael McCaul. En outre, «le Yémen est le pire endroit dans le monde où les transférer car il y a le plus fort taux de récidive», a dit à l'AFP le sénateur Johnny Isakson.

John McCain en revanche, toujours favorable à la fermeture de la prison, «promet de travailler avec le président, mais espère qu'il y aura cette fois un plan cohérent pour s'y atteler».

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