L'organisation d'une conférence de paix sur la Syrie ne sera «pas une mince affaire», a prévenu lundi soir le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, à l'issue d'un entretien à Paris avec son homologue américain John Kerry, alors que la guerre fait rage sur le terrain.

Parallèlement, les Européens cherchent toujours à trouver un compromis à Bruxelles sur la question sensible de la fourniture d'armes aux rebelles syriens.

«Nous avons discuté des moyens de procéder (...) pour que cette conférence ait lieu. ce n'est pas une tâche facile, ce n'est vraiment pas une mince affaire», a déclaré Sergueï Lavrov, dont le pays soutient le régime de Damas.

MM. Lavrov et Kerry, dont c'est la 6e rencontre depuis la prise de fonction de John Kerry en février, venaient de s'entretenir dans un grand hôtel parisien pour discuter de la date d'une conférence de paix et des représentants de l'opposition syrienne et du régime du président Bachar al-Assad qui y participeraient.

«Comme l'a dit John, nous nous sommes avant tout concentrés sur la nécessité de déterminer la liste des participants du côté syrien, le groupe du gouvernement et celui de l'opposition, comme nous en avions parlé à Moscou», a expliqué M. Lavrov.

Si Damas a donné son «accord de principe» pour participer à cette conférence, dite Genève 2, l'opposition syrienne, réunie depuis jeudi à Istanbul, apparaît profondément divisée et ne s'est pas encore prononcé sur sa présence. Les négociations se poursuivaient lundi soir sans signe de progrès, selon un membre de la Coalition syrienne.

Le ministre russe des Affaires étrangères a souligné que la conférence de paix pourrait être «élargie pour inclure tous les acteurs clefs», dans la région. Moscou souhaite de longue date que l'Iran, soutien du régime de Damas, participe aux négociations, ce que les Occidentaux refusent.

En juin 2012, la première conférence de Genève avait rassemblé les chefs de la diplomatie des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne), des représentants de l'Irak, du Koweït, du Qatar, de la Turquie, et de responsables de l'ONU et de l'Union européenne.

MM. Lavrov et Kerry devaient ensuite dîner dans un restaurant de la capitale française avec leur homologue Laurent Fabius, de retour de Bruxelles où les 27 examinent la question de la levée de l'embargo sur les armes à destination de l'opposition syrienne.

Dans la soirée, aucun accord n'avait été trouvé à Bruxelles, faute, selon l'Autriche, d'être parvenu à «un compromis avec la Grande-Bretagne et la France», les deux pays les plus favorables à une levée de l'embargo. Les négociations devaient reprendre dans la soirée.

Les Européens doivent se décider avant vendredi minuit, date à laquelle expire l'ensemble des sanctions prises depuis deux ans par l'UE contre le régime syrien, dans lequel figure l'embargo sur les armes.

Depuis Istanbul, l'opposition a exhorté l'Union européenne à lever son embargo sur les armes, à un moment où les forces gouvernementales ont repris l'offensive et gagnent du terrain sur les insurgés.

Avant de quitter Bruxelles, M. Fabius a affirmé qu'il y avait «des présomptions de plus en plus fortes, de plus en plus étayées, d'usage localisé d'armes chimiques» en Syrie, avant d'ajouter que ces informations faisaient l'objet de «vérifications très précises».

L'utilisation d'armes chimiques fait l'objet de soupçons depuis déjà quelques semaines dans plusieurs endroits de Syrie, mais n'a pas été formellement prouvée.

L'ONU demande en vain à Damas de laisser ses experts enquêter sur les accusations réciproques adressées par le pouvoir et l'opposition concernant le recours à ces armes.

Combats acharnés, «cauchemar» humanitaire et social

Epaulée par les combattants du Hezbollah libanais, dont au moins 79 hommes ont été tués en une semaine selon une ONG syrienne, l'armée syrienne livrait lundi des combats acharnés pour s'emparer de la ville de Qousseir (centre).

Les insurgés défendent bec et ongle cette ville et ses environs, zone stratégique aussi bien pour les rebelles que pour le régime car elle se trouve sur le principal axe vers le Liban, et sur la route reliant Damas au littoral, base arrière du régime.

A Homs, dans le centre de la Syrie, au moins quatre personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées dans l'explosion d'une voiture piégée, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Et les craintes de voir le Liban entraîné dans la guerre se sont encore accrues avec de nouveaux tirs d'obus, depuis la Syrie, sur un fief du Hezbollah dans l'est du Liban. Au moins une femme a été tuée lorsque trois obus lancés depuis la Syrie se sont abattus près de la ville de Hermel, a affirmé à l'AFP un responsable des services de sécurité.