Un pont laid

Prendra-t-on le temps et l'argent nécessaires pour dessiner... (Photo François Roy, archives La Presse)

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Prendra-t-on le temps et l'argent nécessaires pour dessiner un «beau pont» afin de remplacer l'actuel pont Champlain?

Photo François Roy, archives La Presse

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Le ministre Denis Lebel veut remplacer le pont Champlain le plus rapidement possible, mais, tient-il à ajouter, il ne veut pas «construire quelque chose de laid». Une précision plus inquiétante qu'il n'y paraît...

Cette phrase malheureuse montre en effet à quel point le débat entourant le design du futur lien entre Montréal et la Rive-Sud est mal parti. Il semble opposer deux visions tranchées: ou bien on bâtit vite et à bon coût, ou bien on prend le temps et l'argent nécessaires pour dessiner un «beau pont».

Présentée de manière aussi manichéenne, aussi populiste, la discussion ne peut, évidemment, mener qu'à une décision populiste.

Or la proposition faite par un regroupement d'organisations diverses allant de Tourisme Montréal à l'Ordre des architectes en passant par l'Association de l'aluminium du Canada est autrement plus complexe. Elle vise non pas la tenue d'un concours de beauté, mais bien d'un concours international d'architecture ET d'ingénierie. Une nuance capitale.

Certes, la «qualité architecturale» de la future structure serait un élément central d'un tel concours. Mais l'«ingénierie» le serait tout autant. Le jury choisirait ainsi le meilleur projet en fonction de sa durabilité, sa fonctionnalité, sa sécurité et sa beauté. Pas plus l'un que l'autre.

Comme dans tout concours de cet ordre, ingénieurs, architectes, designers et concepteurs auraient ainsi à respecter un échéancier et une enveloppe budgétaire afin de présenter bien plus qu'une oeuvre d'art: un véritable ouvrage d'art dont tous les aspects seraient vérifiés par des experts indépendants.

Il est donc réducteur d'opposer l'esthétique du projet aux contraintes financières du gouvernement. Le concours sert en effet à concevoir le meilleur projet possible, en amont, ce qui facilite d'autant le respect des budgets et échéanciers par la suite.

On voit bien la nécessité d'une telle approche au Québec, d'ailleurs. Si la plupart des gros projets finissent par coûter plus cher que prévu, c'est précisément parce qu'ils sont mal ficelés, comme l'ont été le CHUM, le Train de l'est et le métro de Laval. En revanche, les projets issus de concours étant mieux conçus, leurs budgets et échéanciers sont plus souvent respectés, comme ce fut le cas avec la Grande bibliothèque et le nouveau Planétarium.

Est-ce qu'un concours ferait néanmoins augmenter la facture globale du pont? Possible. Mais il est tout aussi possible que cette facture supplémentaire en empêche d'autres en cours de route. Et de toute façon, la facture serait-elle 10% plus élevée qu'elle vaudrait la peine d'être assumée. Car les coûts de la médiocrité sont habituellement beaucoup plus élevés que ceux de la qualité, comme le prouve l'actuel pont Champlain, ironiquement.

Il y a d'ailleurs fort à parier qu'on n'aurait pas à remplacer cette structure d'à peine 50 ans si elle avait été conçue... à la faveur d'un concours d'architecture et d'ingénierie.

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